lundi 13 octobre 2008

La Loi et l'Ordre, de Jon Avnet


Le colonel moutarde dans la bibliothèque avec le chandelier -

Sur le principe un film avec Al Pacino et Robert De Niro est un film à aller voir. Ils le savent et ils se donnent les vieux. De Niro éructe "Who the fuck does he think he is !" 21 fois dans la même scène, Pacino joue aux échecs, porte beau le cuir et les rides qui n'entament pas son magnétisme légendaire. On sentirait presque l'odeur de hotdog que les flics mangent en planque dans leur bagnole.
Mais tout ces efforts sont vains.
Parce que le scénario est bancale (on peut deviner qui est l'assassin à la 3 e minute du film). Parce que les situations sont grotesques et les flics trop caricaturaux. Parce que le débat moral sur les limites de la justice ne pose aucun élément de débat. Il y a eu plus de suspense dans ma dernière partie de Cluedo.



Blindness, de Fernando Meirelles

Circulez y 'a rien à voir ! - -

Déception. Parce qu'on doit à Meirelles "the constant gardener"(on retrouve d'ailleurs ici une interrogation stérile sur le couple) . Parce que Julian Moore et Mark Ruffalo sont des putains de bons acteurs qui mettent ici leur talent au service d'un scénario vaseux et d'une mise en scène voyeuriste. Ce qui fait beaucoup.
Encore un film sur une "grande catastrophe". Je ne pense pas que ce soit un problème. C'est une interrogation majeure de l'après 11 septembre. Le mal massif, le déliquescence de la société pour des raisons plus ou moins claires. Cela a nourrit des films de qualité, Cloverfield, Je suis une légende, 28 semaines plus tard sont des illustrations talentueuses de cette grande peur qui fait ressortit les instincts les plus bas de l'être humain.
Ici épidémie de cécité, internement en quarantaine des premiers contaminés. La survie s'organise grâce à la femme courageuse qui a suivit son mari, comme dans SHOAH ou l'épouse non juive suit son mari à Treblinka.
A partir de là l'image de la représentation de camps ne nous quitte plus. Les corps errants nus et sales. La déshumanisation, plus de prénoms, ni de noms, des numéros d'arrivants. Des kapos improvisés dans cette quarantaine qui prennent les bijoux contre la nourriture, puis les femmes.

D'abord tout ceci est très bizarre, car la femme qui voit dispose d'un tel avantage sur ses congénères qu'il est difficile d'imaginer qu'elle subisse ce qu'elle subit et surtout le laisse subir aux autres. C'est comme si l'humanité était divisée entre des moutons et des bourreaux. La pseudo supériorité des martyrs ne me convint pas. Les martyrs tirent une supériorité morale de tout ce qu'ils endurent, et l'oublient un fois sauvés. Dans une douche entre filles filmée comme une pub Obao, viols, humiliation et faims sont oubliés...Chacun sait que les univers concentrationnaires ne laissent pas de séquelles. Bref c'est lamentable à tout point de vues.

lundi 6 octobre 2008

Braquage à l'anglaise, de Roger Donaldson

En avoir ou pas (des cheveux) -

Voici un film qui avait tout pour être un bon divertissement, soit une histoire de braquage de banque par des petits escrocs amateurs manipulés par le MI5 dans les années 70 à Londres.
Avec un imaginaire existant plutôt divertissant (Snatch, Arnaque, Crimes et Botanique). Et puis les histoires de casse, c'est sympathique, ça tire le chaland de son quotidien et s'imagine en Robin des Bois d'un week-end. En plus ici, il s'agit de braquer la banque des riches et des malfrats, c'est donc presque un projet humanitaire auquel on adhèrerait avec aisance.

Sauf que rien ne fonctionne. Car Donaldson a un gros problème de rythme. Il veut poser ses personnages, mais ceux-ci ne sont guère intéressants, ni sympathiques. Donc 25 minutes qui ne servent pas à grand chose, façon téléfilm anglais. Ensuite on rentre dans le vif du sujet et tout est à l image de cette bande de braqueurs qui fait la sieste avant de finir le casse (!!!!!!!!!!!) : à côté de la plaque. Jason Statham se débat sans cheveux et sans panache entre le leadership de la bande qui y croit à moitié, doute, ne donne que la moitié des infos, et ses déboires sentimentaux qui cannibalisent le film. Les personnages sont tous trop caricaturaux, et l'hommage à Joe Pesci tourne au Guignol. Le manque de légèreté culmine quand Statham, sans doute pris de remords par la mollesse du film, décroche un brique d'un mur et se transforme 1, 30 min en super héros.
Bref c'est la loose.

vendredi 3 octobre 2008

Eldorado, de Bouli Lanners

Dépression Belge +++

J'ai vu ce film il y a déjà quelques semaines mais j'avais envie d'en parler car c'est typiquement un film auquel on repense de temps à autre. C'est un road movie de pauvres, triste, un peu loufoque et très bien filmé.
Un type paumé accompagne chez ses parents un jeune drogué qui a essayé de le cambrioler. Le belge est sensible : ainsi, on se préoccupe du jeune junkie, on a un peu envie qu'il aille mieux, sa douleur est touchante, et la relation entre les hommes, pleine de précaution laisse croire à une solidarité des paumés.
Le belge est aussi réaliste : l'intention des hommes est toujours belle, comme cette très belle scène dans le potager de la mère, mais la réalité est à peu près aussi grise que le ciel de la Belgique filmé par Lanners qui donnerait envie à Bozzo le Clown de se jeter sous un train; ses travelling sont tristes, son ciel est bas et écrasant. Le belge enfin est absurde, comme nous, comme les personnages, qui nous posons des questions sans intérêt, vivons de bref moments colorés qui nous sortent un peu de nous même pour retourner à notre grisaille. Curieusement ce sont les situations les plus absurdes, qui invitent à la philosophie, qui rendent le tout supportable.

mercredi 24 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie, d'Agnès Jaoui

Éclaircie dans le cinéma français ? +

Agnès Jaoui a un talent dingue. Avec Jean-Pierre Bacri, co-scénariste elle pose toujours un doigt juste, fin et cinglant sur les déliquescences sociales française, bourgeoises, intellectuelles, et humaines.
Ici encore, c'est drôlement bien vu. Un mauvais caméraman sur le retour (Bacri), extraordinaire looser, aidé d'un jeune standardiste d'hôtel (Jamel) fait un documentaire sur une "femme qui a réussit" en la personne d'une intellectuelle parisienne féministe qui revient dans sa circonscription parachutée pour une élection. Bacri couche avec la sœur de l'intellectuelle, faible et égocentrique, et Jamel-Karim est le fils de la bonne algérienne de la famille.

La première heure est vraiment bien.

J'ai beaucoup aimé le personnage d'Agathe Villanova-Agnès Jaoui, féministe aux prises avec son mode vie, ses convictions face à deux apprentis réalisateurs très modérément compétents, qui mélangent documentaire et règlement de compte. Aux prises avec une sœur aussi dépendante de ses schémas familiaux et psychologiques qu'elle ne l'est pas. Drôlement attachante car fragile, et subissant tout le film durant l'ensemble des préjugés existant à l'encontre d'une femme indépendante qui se revendique comme féministe. C'est assez fort de réussir à raconter avec humour la dureté et la bêtise de notre société.
Même topo pour le cas Jamel, qu'on découvre acteur, jeune homme plein de rêves, enfin sorti de ses tics télévisuels, mais coincé car fils d'immigré, dans la difficulté d'être un individu à part entière quand on est le fils de la bonne. Une scène de déjeuner familial, avec la sœur, le mari, l'amant, et l'apprenti réalisateur rappelle les notables de province de Kechiche dans la Graine et le Mulet. Comme quoi Jaoui peut taper sur autre chose que les intellectuels et les bourges (ou les intellos bourges). Même si elle le fait toujours avec éclat et humour, au travers de son propre personnage par exemple.
C'est donc un film de très beaux moments, de personnages très attachants, notamment le Michel de Bacri. Un peu trop à mon goût. J'en suis ressortie avec le même arrière goût amer qu'après avoir terminé Acide Citrique d'Amélie Nothomb (un titre mensonger). Je me suis dit que tout ceci était devenu bien gentillet à la fin. Deux lesbiennes sauvées par l'amour dans un camp de concentration ça m'avait fait pâlir de niaiserie. Ici c'est moins sauvage, plus en nuance; cela ira mieux pour certains, grâce à la tendresse des leurs. Un peu trop facile, un peu trop joli. D'autant que le scénario a un problème de rythme qui fait que l'on s'égare un peu sur la deuxième moitié qui enchaîne trop vite, et ne laisse plus aux personnages le temps d'exister. Il est trop tôt temps de résoudre les intrigues, c'est dommage. Statu quo donc dans le ciel du cinéma français qui peut être bien.