vendredi 24 avril 2009

Wendy & Lucy, de Kelly Reichardt


Vie de Chien +

De prime abord, Wendy & Lucy est un film indépendant convenu et pompeux. Une detresse sociale immense : Reichardt filme une jeune fille qui voyage avec sa chienne, chacune n'a que l'autre. Leur voiture tombe en rade et Lucy (le chien) est perdu. Wendy la cherche. Wendy n'a personne d'autre, Wendy n'a pas d'avenir, pas vraiment de passé non plus. Wendy a sa pauvreté et ses maigres espoirs.

Pompeux et convenu car tous les codes du cinéma américain indépendant pseudo réaliste, néo réaliste, socio réaliste... sont là. Argument minime, plans séquences esthétisants interminable, volonté d'esthétiser la misère d'un commissariat via de recherche de formes géométriques dans certains plans (aucune idée du terme technique), cette ville de l'Oregon morribonde où a lieu l'escale avec ses bruits de moteur et de forêt.

Et pourtant c'est un film très prenant. Si l'on fait abstraction de ces conventions très "sundance", on s'attache à cette intrigue de nouveau roman rapidement, où la perte du chien, mini événement, fait basculer le spectateur du côté d'une detresse humaine et affective qui n'est plus surmontable. Grâce à une mise en scène très fine par moment (quel domage que tout le film ne soit pas comme ça !!), grâce à l'interpretation très juste de Michelle Williams qui réussit à faire oublier le contexte cinématographique et les quelques lourdeurs du genre.

mercredi 22 avril 2009

OSS 117, Rio ne répond plus... de Michel Hazanavicius


Appuyez sur le bouton !!!!!!!!!!! +++

OSS 117, Rio ne répond plus est une excellente comédie française. Impertinente, bien écrite, malgré quelques faiblesses de rythme dans le scénario et une envie visible de s'en mettre "plein la vue". C'est très drôle, très politiquement incorrect, remarquablement enlevé par Jean Dujardin.
Et puis cette envie de faire des films ouvertement "en costume", ça crée le décalage et la frivolité ambiante nécéssaires pour rire de tout, des nazis, des gaulistes, de la France d'avant, de la vision qu'on en a, de l'ultranombrilisme français...
Des dialogues cultes en perpective, ça va faire du bien.

mardi 14 avril 2009

Les 3 Royaumes, de John Woo

L'art de la guerre ++

Les 3 Royaumes est un film amputé qui fait la moitié de la version présentée aux spectateurs asiatiques. Du coup il y a d'étranges coupes, visibles, des ellipses très "bande dessinée" et des plans un peu curieux.

Pourtant c'est un bon divertissement pour qui aime l'art de la guerre, les tortues, les formations, les machineries, les espions malins comme des singes, les héros bourrus, les héros raffinés et les combats de lances. On en sort rincé tant il se passe de choses, mais pas déçu. Gloire au cinéma asiatique qui ne fait pas l'économie d'immenses acteurs dans ses blockbusters. Tony Leung, égérie de Wong Kar Way et d'Ang Lee, campe ici le général Zhou Yu, avec un charisme qui n'est pas entamé par les coiffures d'époques farfelues, où les sous entendus gays façon peplum des années 50 qui n'ont plus lieu de nos jours en occident.

On ne peut que se réjouir de voir ces garçons intrépides se battre pour la liberté et pour l'honneur. Un petite leçon d'histoire-bataille bien réjouissante pour le dimanche soir.

Ponyo sur la falaise, de Hayao Miyazaki

Poisson d'avril +

Dire du mal de Miyasaki ça ne se fait pas. J'ai essayé. Autant faire l'apologie de la peine de mort ou de la vente libre des armes à feu dans les écoles primaires. Pourtant je n'ai pas aimé Ponyo sur la Falaise.

Ponyo sur la Falaise est un mix entre la petite sirène, un épisode du collège foufoufou et la Belle et la Bête. A savoir une poisson rouge un peu humaine, un peu sorcière, tombe amoureuse d'un petit garçon. Le père, qui méprise les hommes pollueurs et mauvais, n'est pas d'accord. Alliance contre nature. Amour innocent plus fort que tout.

Je ne connais pas bien l'œuvre de Miyasaki, mais suffisamment pour déplorer l'absence d'un méchant ici. Au début j'aimais bien le personnage du père, un peu sorcier, mais il passe d'effrayant à ridicule en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

En fait j'ai passé une grande partie du film à me demander de quoi ça parlait. Au début on pense à l'écologie, j'avais bien aimé Nausicaa de la vallée du vent sur le sujet, avec le spectre de la reconquête du monde par la nature agonisante. Ensuite j'ai pensé à l'éloge de la différence. Un couple improbable composé d'un enfant (Sosuke) et d'un poisson rouge. Tous deux sont élevés par des parents "séparés" à leur manière. Tous deux ont des mère fortes, capables, dédiées au autres (l'une déesse de l'océan, l'autre intrépide maman qui n'a peur de rien). Et des pères absents. De là à en faire un sujet sur l'identité sexuelle il n'y avait qu'un pas.

Des grosses larmes roulent dans les yeux des enfants; des personnes âgées se lèvent de leurs fauteuils roulants et marchent. Que la magie est jolie ici, qui résout les problèmes, réunit familles et amoureux. Les gens applaudissent à la fin dans la salle. Le style Miyasaki est là, pâte onirique et enfantine, matériaux de contes pour les grands, extrait de rêve et poudre de subconscient. Visqueux, magnifique, organique (sauf les humains), bref reconnaissable à la première minute. Je me risque à un "inchangé depuis 1982".

Le bobos m'en veulent à mort, vite, vite, comme Ponyo et Sosuke, je m'enfuis avant de me faire lyncher par les vagues géantes.

Il y a 7 ans, je gravissais la pyramide de la Lune à Teotihuacan, au Mexique. Arrivée en haut je pense aux Cités d'Or, je ne suis pas la seule, des français hurlent le générique de cette extraordinaire coproduction nippo-franco-israélienne qui, en plus nous faire chanter, nous parlait abondamment des civilisations précolombiennes. J'ai eu une pensée émue pour eux hier.